CRITIQUE CINE – TRON : L’héritage

28 ans : voilà le nombre d’années qui sépare la date de sortie de TRON premier du nom et celle de sa suite directe TRON : L’HERITAGE. Paradoxalement, TRON ne connut pas le succès attendu par ses pères créateurs car, en dépit de sa réalisation exceptionnelle pour l’époque, il se montrait trop précurseur pour son temps. Sa suite parviendra-t-elle elle aussi à amorcer un nouveau virage dans l’utilisation de l’imagerie numérique au cinéma tout en marquant nos esprits ? Réponse !

TRON, l’image de synthèse au service du cinéma

Lors de sa sortie en 1982 dans les salles obscures, le public se demandait ce qui avait bien pu passer par la tête des concepteurs de TRON. Au sein même des studios Disney, le film fait figure d’OVNI dans le catalogue de longs métrages animés mythiques du studio. Si on devait le comparer aux autres films existants, TRON serait un peu le FANTASIA du cinéma : une œuvre expérimentale à part entière, où les dernières innovations sont mises au service du divertissement. Une sorte de vitrine de Noël que l’on croque des yeux avec gourmandise.

Si en 1977, la saga StarWars de Georges Lucas a révolutionné le cinéma des effets spéciaux, il serait juste d’attribuer à TRON premier du nom le titre de premier long-métrage cinématographique utilisant des images de synthèse. A l’heure où les images de synthèse sont utilisées à foison dans notre quotidien (cinéma, jeu vidéo, publicité, industrie, médecine, etc.), TRON fait figure de pionnier dans l’utilisation de ces images au cinéma. Prises de vue réelles et images de synthèse se côtoyaient ici pour la première fois. Une véritable révolution compte tenue de la puissance des machines nécessaires à déployer à cette époque. Les Etats-Unis de 1982 nageaient alors en pleine frénésie jeux vidéo : Pong, PacMan, Space Invaders, Asteroid et autre Arkanoide fascinaient Steven Lisberger, le géniteur de TRON.

Disque électronique

Jusqu’ici spécialisé dans la publicité et les courts métrages, Steven était déjà friand de ces nouvelles technologies numériques et des effets électroniques phosphorescents. C’est en réalisant un court spot publicitaire animé pour une radio que l’idée de TRON surgit, extrait du terme « elecTRONic ». Dans ce spot, on y voit un être humanoïde manipulant des éléments électriques sous forme de disques. Un spot qui signa le point de départ de TRON et le développement de son univers que vous connaissez. A noter que le design définitif des personnages est à mettre au crédit du dessinateur français Moebius, en grand visionnaire de l’époque.

Pour ma part, je me souviens avoir été marqué par ce film que bien plus tard, dans les années 90 alors que j’étais au collège : c’est par l’intermédiaire du jeu DISC, édité à l’époque par l’éditeur français Loriciel. Hommage sans conteste au film, le principe du jeu repose sur le célèbre affrontement de disque. A l’instar du film, vous participez à un tournoi dont il vous faudra ressortir vivant en tentant d’éliminer vos adversaires en les faisant tomber ou en les touchant par l’envoi de disques. Entre Arkanoide et Pong, le jeu jouissait d’une excellente bande son musicale dans l’esprit du film, d’une bonne jouabilité et d’une animation propre pour son époque. Même s’il n’est pas reconnu comme un jeu estampillé TRON, il s’agit selon moi de la meilleure adaptation en jeu vidéo inspiré de l’univers du film. A télécharger et découvrir gratuitement si vous ne l’avez pas déjà fait sur le site-hommage Loriciel.net.

TRON 2 : entre héritage et succession

Projet Tron 2 selon Steven

Il aura fallu plus de dix ans de gestation pour que la suite de TRON devienne enfin réalité. Devant un succès en dessous des espérances du producteur Disney Studios (33 millions $ de recettes au box-office US pour un budget de 17 millions $, à comparer à Rox et Rouky sorti en 1981 qui rapporta 64 millions $ pour un budget de 12 millions $), l’idée de concevoir une suite prit son chemin que très tard, alors que le cinéma numérique avait, lui, emboîté le pas sur la révolution TRON et continuait à améliorer les procédés de production. C’est au début des années 2000 que Steven Lisberger s’est remis au travail, travaillant sur une suite à TRON avec quelques croquis à l’appui. Finalement, le film que nous avons sous nos yeux s’éloigne assez sensiblement des idées soulevées par Steven, film sur lequel il n’intervient qu’en tant que producteur et non plus réalisateur. C’est en effet Joseph Kosinski qui prend la relève. Coïncidence ou pas, la carrière du jeune réalisateur comporte de nombreuses similitudes avec celle de Steve au moment de la réalisation du premier TRON : il s’agit en effet de son premier long métrage et Joseph s’était illustré jusqu’ici par des spots publicitaires notamment pour les jeux vidéo Halo et Gears of War.

Projet Tron 2 selon Steven

Projet Tron 2 selon Steven

Dans TRON : L’héritage, il s’est écoulé près de trente ans (comme les deux films) après les événements où Kevin Flynn était parvenu à récupérer les droits de son jeu vidéo au prix d’un voyage incroyable au cœur de l’ordinateur. Entretemps, Kevin Flynn pris la tête de la société ENCOM, se maria et eut un enfant, Sam. Ce dernier, à l’âge de douze ans, voit son père disparaître du jour au lendemain sans aucune explication. Désormais âgé de 27 ans, Sam Flynn doit faire face à ses obligations d’héritier et reprendre la tête de la multinationale. Mais l’arrivée d’un appel inattendu va soudainement bouleverser son existence et ses croyances…

A l’heure où nos yeux sont abreuvés de séquences de jeu vidéo réalisées en image de synthèse ou de 3D temps réel, que la puissance des machines dépasse l’entendement, on peut se demander à juste titre si TRON a encore un rôle à jouer aujourd’hui. A l’heure où des films comme Avatar de James Cameron figurent en véritables pionniers de la 3D en relief,  le défi de créer une révolution dans l’utilisation de l’image de synthèse au cinéma s’avère difficile. Les studios Disney sont pourtant parvenus à transcender le concept du film et ce pour plusieurs raisons.

TRON 2 : l’évolution

La première est celle d’avoir voulu créer un lien fort entre l’ancienne et la nouvelle génération TRON. Ce lien se matérialise d’une part par le retour des protagonistes du premier opus, Alan Bradley et surtout Kevin Flynn, qui ont vieilli comme leur public ; et d’autre part par le respect des codes de l’univers de TRON (la salle d’arcade FLYNN, costumes phosphorescents, freesbees, lighcycles) tout en les réactualisant. On notera le retour des « personnages programmes – clés » de TRON et de CLU, qui après avoir été les héros du premier, passent dans le camp des méchants. L’éternel combat entre l’homme et la machine voulant son indépendance se poursuit dans l’univers de TRON.

La seconde est d’avoir fait évoluer l’univers de TRON en introduisant une nouvelle race de programme, les ISO. Nouvelle forme d’existence chez les programmes, cette civilisation marque le début d’une nouvelle ère parallèle à celle du monde des « users » (concepteurs en français),  eux-mêmes à leur origine.

Enfin la troisième aura été la volonté de leurs concepteurs d’utiliser les toutes dernières technologies en matière d’imagerie numérique, comme le fit le premier opus en son temps. Ainsi, pour les besoins du film, le personnage de Jeff Bridges existe dans sa version jeune et sa version âgée, l’une totalement numérique et l’autre réelle. Il s’agit d’une première puisque les techniques employées ont permis de recréer à l’écran un personnage humain, avec ses traits, ses expressions faciales, sa démarche. Certes, les esprits les plus chagrins noteront la supercherie une fois à l’écran mais la prouesse est là et se montre convaincante. A noter enfin que le film est également proposé en 3D relief, bénéficiant des dernières technologies avancées dans le domaine à l’instar d’Avatar.

Certains reprocheront la simplicité de l’histoire (le fils à la recherche du père perdu) et ses quelques phases de narrations fastidieuses mais nécessaires durant la seconde moitié du film. Pourtant, elle se veut dans la continuité du premier, prenant le temps de reposer les bases et se paye le luxe de nous laisser sur une fin ouverte vers une nouvelle ère. Que dire enfin de la réalisation qui est tout simplement époustouflante : le clou du spectacle est sans conteste les jeux dans l’arène avec les mythiques épreuves de combats de freesbees et de courses de lightcycles. Les images s’enchaînent à cent à l’heure, les ralentis nous en mettent plein les yeux, tout comme la bande son technotronique du duo Daft Punk vous en mettra plein les oreilles. Du grand art en matière de son et lumière !

TRON : L’héritage n’est pas une révolution mais une évolution. Ce digne héritier est une vitrine de tout ce qui se fait de mieux aujourd’hui en matière d’image de synthèse et on ne peut que mesurer le chemin parcouru en l’espace de 30 ans. La magie TRON fait le reste : quel plaisir de revoir nos héros, de contempler le travail exceptionnel des designers pour redonner vie à ce monument de la science fiction punk, et de se lancer dans des courses poursuites effrénées à deux cents à l’heure ! S’il faudra lui pardonner son histoire qu’on aurait souhaitée plus constructive, n’oublions pas la raison pour laquelle nous allons au cinéma : se divertir. Et pour cela, TRON le fait avec maestria. Rare sont les films a bénéficier d’une telle identité visuelle. Croyez-moi, vous en aurez plein les yeux ! Du grand spectacle à voir et à revoir !

TRON : L’héritage sort le 9 février 2011 dans les salles françaises en Disney Digital 3D et Imax 3D

Note :

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