Critique Ciné : Street Fighter (le film)

Critique Ciné : Street Fighter (le film)

Trente deux ans après sa première tentative, la référence du jeu de combat en arcade Street Fighter remet une pièce dans les salles obscures.

La série de jeux vidéo Street Fighter figure parmi les plus marquantes pour toute une génération de quadragénaires. Au début des années 90, ils sont nombreux ceux pour qui l’arrivée de Street Fighter II sur consoles de salon aller bouleverser leurs « paisibles mercredi après-midi ». La ferveur autour de ce jeu de combat révolutionnaire imaginé par l’éditeur japonais Capcom était sans commune mesure. Ses graphismes, ses musiques et surtout ses combattants iconiques étaient époustouflants. Le niveau de technicité de Street Fighter alimentait chaque discussion : c’était du jamais vu ! Chacun y allait de sa technique pour parvenir à déclencher son « Hadoken », voire même le Graal d’un coup de « Avant, Bas, Diagonale Avant/Bas + Point » : le Dragon Punch ! Au prix de multiples apparitions de cornes douloureuses et de pouces maltraités…

Quand l’arcade dépasse les bornes

Quarante ans plus tards, la ferveur autour du jeu ne semble n’être jamais retombée. Revenu sur le devant de la scène avec Street Fighter IV en 2008, la franchise de Capcom est parvenue à conquérir un nouveau public, s’installant ainsi de manière durable. L’occasion était donc trop belle pour Capcom de faire revenir Street Fighter sur grand écran après l’affront qu’avait été Street Fighter – L’ultime combat, première adaptation cinématographique (ou plutôt catastrophique) de 1994.

Are You Ready ?

Round 1 : FIGHT !

Contrairement à ce dernier, le nouveau film sobrement baptisé « Street Fighter » démarre de manière familière pour ceux qui ont joué aux différents jeux vidéo de la série. Venant tout juste de remporter la première édition du Street Fighter, un tournoi d’ultimate fighting réunissant les meilleurs combattants au monde, le jeune Ryu se voit soudainement obligé d’affronter un terrible adversaire du nom de Gouki. Refusant que son disciple ne le combatte, son maître Gouken s’interpose au prix de sa vie. Impuissants, Ryu et son partenaire Ken assistent tous deux à la mise à mort de leur mentor. Plusieurs années passent après ces terribles événements. Nous retrouvons un Ken totalement déboussolé, à la dérive et qui a perdu le goût aux combats. Le jeune homme nourrit surtout une farouche rancoeur envers son ami Ryu : il lui reproche de ne pas avoir été en mesure de vaincre Gouki et ainsi sauver leur maître. Surtout que depuis ce jour-là, Ryu se fait totalement porter disparu. C’était sans compter sur l’apparation d’une combattante du nom de Chun-Li : elle a pour mission de rassembler les huit meilleurs combattants au monde en vue du prochain tournoi Street Fighter organisé par le mégalomane M. Bison. L’événement va sonner le début des retrouvailles de tout ce petit monde, pour le meilleur et pour le pire.

Ca va chauffer !

Kings of Fighters

Si l’histoire est sans surprise, elle a le mérite de reprendre les bases originelles qui a vu naître le jeu vidéo Street Fighter. On retrouve une certaine logique dans la construction des différentes destinées des personnages, bien qu’elles ne soient concentrées que sur trois protagonistes: Ryu, Ken et Chun-Li. En fan lui-même du jeu vidéo, le réalisateur Kitao Sakurai a pris le parti de caler l’intrigue principale du film sur celle de l’iconique Street Fighter II. Logique compte tenu de la populairté de cet épisode. Il y apporte cependant une touche de modernité en optant pour le style coloré et punchy du dernier volet en date, Street Fighter VI. Le résultat est un film réussi visuellement, avec des costumes et des décors particulièrement soignés (le bain japonais, la prison avec ses détenus déchaînés) et des ralentis à foison jusqu’à l’excès durant les affrontements. Là où j’ai été agréablement surpris, c’est dans l’intégration et la reproduction des techniques de combats. Le défi semblait insurmontable mais le réalisateur est parvenu à trouver une alchimie entre fidélité des mouvements spéciaux et cohérence chorégraphique des combats. On reconnaît ainsi aisément les coups des différents combattants (spinner bird kick de Chun-Li, l’hurricane kick de Ken, le sumo head butt d’E. Honda ou le rolling attack de Blanka).

La Cammy de la discorde

Tu ricanes Kick ? C’est pas ma Cammy !

Côté personnage, j’ai aimé la complicité entre le ténébreux Ryu (Andrew Koji), le fou-fou Ken (Noah Centino) et de la séduisante femme forte Chun-Li (Callista Liang). Leurs jeux d’acteurs se montrent particulièrement convaincants et leurs personnages sympathiques. Mention spéciale pour Dan (Andrew Schulz) que je n’attendais pas : son rôle secondaire apporte la touche d’humour qui fait du bien. J’ai aimé la représentation qu’il renvoyait, à l’image vraiment du personnage à priori inutile et moqueur du jeu vidéo mais attachant. Enfin, impossible de passer outre les séquences animées qui jalonnent le film : dessinés à la main, elles sont somptueuses. Certaines séquences fougueuses ne sont pas sans rappeler celles du film d’animation mémorable de Gisaburô Sugii sorti en 1994. Au rang des déceptions par contre, les incarnations de M. Bison (David Dastmalchian) et de Cammy (Mel Jarnson). Le premier manque de carrure à mon sens, le réalisateur ayant préféré saxé le personnage sur son côté guignolesque autour de son égocentrisme. Pour la seconde, le jeu d’acting est très éloignée de celle du jeu, beaucoup trop irrévérencieuse. Son caractère aurait été plus adapté à un personnage comme la paratiquante de taekwondo Juri Han apparue dans Street Fighter IV. Est-ce pour mieux développer son histoire avec sa perte de sa mémoire (qui occasionerait un changement de caractère) dans une suite, comme pour les autres personnages ? On le saura peut être dans un potentiel second volet si le film rencontre son public.

Dragon Punch dans ta face !

Psycho Crusher

Car au-delà du vernis des icônes que chaque comédiennes et comédiens incarne dans ce film, on ne trouve pas grand chose sur la psychologie et le passé des personnages. Pour Ryu et Ken, on s’en tient à l’entraînement durant leur jeunesse avec Gouken et les événements qui ont suivi sa victoire au premier tournoi Street Fighter. Tout juste apprend-on par la suite de Ken appartient à la richissime famille des Masters: pas un mot (pour l’heure) sur sa compagne et soeur de Guile, Eliza. Pour ce qui est de Chun-Li, elle figure bien en tant qu’agent infiltré d’Interpole et du fait que son père ait été victime de M. Bison, elle lui nourrit une haine farouche. On apprend également les origines de Blanka, recueilli par M. Bison pour en faire un monstre de combat. Et c’ets à peu près tout : plutôt chiche donc pour tous ces personnages qui auraient mérité d’être approfondis au-delà du divertissement que constitue le film.

Sreet Fighter (le film) est actuellement au cinéma.

FILM - Street Fighter (le film)

VERDICT

Street Fighter respire l’amour du jeu de combat, c’est indéniable. Ken et Ryu n’ont jamais été aussi fringuant que dans cette adaptation cinématographique: on se plaît même à se dire qu’ils en sont vraiment l’incarnation attendue, tant les deux acteurs en sont imprégnés  à l’écran. Idem pour Chun-Li qui apparaît comme une évidence dès qu’on la voit apparaître dans son uniforme. Le réalisateur n’était pas loin d’un sans faute s’il ne sétait pas pris le pied sur le casting de M. Bison et Camille: à se demander s’il ne s’est pas emmêlé les pinceaux au vue de la multiplicité des personnages il est vrai. Souhaitons bonne chance au film car ce Street Fighter se révèle en définitive divertissant et c’est bien tout ce qu’on lui demandait.

Critique rédigée à partir d’une avant-première du film par Paramount Pictures France.

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