TEST – The Last Guardian PS4 Pro

La magie de Noël, c’est quand un vieil homme à la bedaine rouge vous sort soudainement de sa grosse hotte The Last Guardian, un pur bijou qu’on n’attendait plus.

The Last Guardian

Tomb Raider, Mirror’s Edge, Uncharted, Watch_Dogs, Final Fantasy : 2016 aura été marquée par le retour de gloires passées sur le plan vidéoludique. Et début 2017 embrayera de plus belle avec l’arrivée de la suite de Gravity Rush et du septième volet de la série Resident Evil. Parmi eux, le cas de The Last Guardian est cependant atypique. Troisième jeu du studio après ICO et The Shadow of the Colossus, The Last Guardian devait être le premier titre de la Team ICO sur la Playstation 3 qui peine encore à décoller en 2008. Huit années après et un changement de support plus tard, le titre devenu avec le temps l’objet de curiosités et de moqueries à chacune de ses sorties voit enfin le bout du tunnel. Et c’est avec émotion que l’on apprenait il y a quelques mois la date officielle de sortie. Ironiquement, même la date de sortie fût décalée de quelques semaines pour échouée définitivement en ce mois de décembre 2016. La bête était bel et bien là.

The Last Guardian

Le jeu dont vous n’êtes pas le héros

Ce qui surprend au premier abord dans The Last Guardian, c’est que vous ne contrôlez pas le héros principal du jeu : c’est lui qui vous contrôle ! Enfin presque. Car c’est dans la peau d’un petit garçon que vous vous réveillez à côté de cette énorme créature vue nulle part ailleurs. Tête de mulot aux yeux de chauve-souris, pelage grisonnant noyé sous d’énormes plumes, quadrupède aux pattes d’oiseaux : qui pourrait croire qu’un tel monstre aussi étonnant que repoussant allait devenir un jour votre meilleur plus fidèle compagnon de route ? C’est pourtant l’histoire invraisemblable qui nous est ici conté, une histoire d’amour entre ce petit garçon et cet être étrange baptisé malgré elle Trico. Après l’appréhension des premières minutes, vient le temps de l’observation, de la compréhension des faits et gestes de part et d’autre. On soulève et porte un baril proche de la gueule de Trico : celle-ci ouvre les yeux et gobe d’un coup son contenu. Rassasié, l’animal traduit sa satisfaction par le calme qu’il observe au contact direct de la main du garçon, puis en le laissant grimper sur son dos.

The Boy and The Beast

Vient alors le moment de l’exploration des lieux. Tout ne semble que ruines et désolation autour de ces deux êtres. Pourtant, à force d’introspection, on trouve une faille, une échelle ou une corniche où s’accrocher permettant de progresser toujours plus loin. Le temps passe et l’envie de se séparer de l’autre s’amenuise au gré des minutes comme peau de chagrin. Il sait qu’il a besoin de LUI. Ce besoin viscéral se montre ainsi dès l’apparition des soldats de pierre, des démons incantateurs face auxquels le jeune garçon ne fait clairement pas le poids. Il ne peut que prendre ses jambes à son cou pour se réfugier auprès de Trico, seul rempart à cet ennemi démoniaque. Lors de ces affrontements, Trico montre toute sa furie destructrice, écrasant littéralement ses adversaires malgré les vaines tentatives des oppresseurs pour le blesser avec des lances. Impressionnant de force, il n’en est pas moins vulnérable par moment face à des boucliers aux yeux hypnotiques qui le terrorise, le rendant incapable de tout mouvement. Ce n’est qu’après plusieurs heures de jeu, de péripéties et d’épreuves que notre jeune garçon sera en capacité de donner des directives à Trico afin que celui s’exécute et accomplisse les missions demandées : pousser un chariot, tirer sur une corde, sauter vers des endroits éloignés à priori inaccessibles… Tel Laurel et Hardi ou Bonny et Clyde, ces deux-là sont liés à tout jamais comme les doigts d’une main.

Shadow of the Ico

A l »édivdence, The Last Guardian apparaît comme l’enfant naturel des deux premiers titres de la Team ICO, ICO et Shadow of the Colossus. Au premier, il emprunte ses environnements immenses et vides, le sentiment de solitude dans ces ruines perdus dans le nulle part. Les animations réalistes du jeune garçon, tant dans ses réactions impulsives que ses déplacements, rappellent ceux du petit ICO et de la frêle Yorda. Au second, le gigantisme de Trico résonne avec celui des colosses, où l’on passe son temps à grimper des pieds à la tête en tentant en permanence de trouver son équilibre ou une prise où se raccrocher. Pour autant, The Last Guardian a sa propre identité et se marque même sa différence sur les deux précédentes productions de la Team ICO. Tout d’abord par la scénarisation qui est ici davantage travaillée, alternant cinématiques CG et séquences en temps réel bluffantes de réalisme. Ensuite, le niveau de difficulté y est plus progressif et plus accessible. Enfin, la jouabilité se montre toujours aussi instinctive et davantage permissive: s’agripper dans toutes les situations à Trico se fait presque machinalement et sans difficulté, alors que les chutes malencontreuse d’un colosse après une longue ascension était monnaie courante dans Shadow of the Colossus.

La perfection n’est pas de ce monde

Certes, il est difficile de fermer les yeux sur les écueils techniques dont est truffé The Last Guardian. A commencer par les mouvements et positionnements de caméras automatiques souvent hasardeux qui se complexifient dès que Trico s’en mêle. Les membres du garçon s’enchevêtrent régulièrement avec le corps de Trico ou tout simplement avec l’environnement. Côté animation, le jeu a bénéficié d’optimisation manifeste sur PS4 Pro, Trico se montrant pratiquement irréprochable dans les animations avec de rares moments de latence. Ce qui ne semble pas le cas sur PS4 standard, où les ralentissements se font plus fréquents notamment lors des envolés de Trico dans la cité perdue ou des affrontements. Niveau jouabilité, on peste régulièrement contre l’inertie des mouvements du jeune garçon, lors de sauts mal réceptionnés ou d’objets délicats à prendre. Mais dans l’ensemble, on arrive à ses fins à force de persévérance. Il est d’ailleurs rare de se retrouver bloqué, le narrateur n’hésitant pas à vous donner des indices sur la façon de progresser en cas d’errements. Enfin, la durée de vie s’avère honnête, le générique de fin arrivant au bout de 8-10 heures de jeu. Et même s’il est dommage qu’il n’y ait aucun mode supplémentaire une fois l’aventure bouclée, on ne peut cacher son envie de retourner jouer avec Trico et d’explorer ce paradis perdu.

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