TEST – Shadow of the Colossus PS4 : le jeu qui est prêt à tout pour voir la lumière

Douze ans après sa première apparition sur Playstation 2, Shadow of the Colossus refait surface sur console PS4, tel le phénix. Et quelle renaissance !

Shadow of the Colossus

Sorti à une époque où la Playstation 2 s’apprêtait à céder la place à son successeur, Shadow of the Colossus aura su marquer les esprits notamment chez ceux qui attendaient depuis plus de quatre ans l’arrivée de la suite du poétique ICO. Le créateur japonais Fumito Ueda accoucha d’un titre à la hauteur des espérances de chacun, mêlant le gigantisme de ses effets visuels à la maestria de ses chevauchées lyriques fendant les grandes plaines. Après avoir fait l’objet d’une première révision en haute définition sur Playstation 3, c’est avec surprise que l’on apprenait l’année dernière le développement d’une remake signé du studio BluePoint Games, déjà à l’oeuvre sur les rééditions de Metal Gear Solid HD et Gravity Rush Remastered.

Au sortie de cette annonce, on pouvait légitimement s’interroger sur l’intérêt de ressortir Shadow of the Colossus sur PS4, projet qu’on sentait plutôt motivé par le simple appât du gain. Le succès critique l’année passée de The Last Guardian sonnait son arrivée prochaine comme purement opportuniste. Et pourtant. Après avoir parcouru le titre de bout en bout, le constat sonne comme une évidence: Shadow of the Colossus était taillé depuis le départ pour sortir sur PS4 ! Déjà à l’époque, j’avais été charmé par l’ambiance du titre de Fumito Ueda et par ses titans, absolument majestueux. Pourtant, les frustrations étaient nées par sa jouabilité crispante, sur laquelle j’ai longtemps buté jusqu’à être rebuté tout court et de lâcher l’affaire. De là est restait perclu un sentiment de frustration: celui d’être passée à côté d’un monument du jeu vidéo.

Shadow of the Colossus

De l’ombre à la lumière

Grâce à BluePoint Games, voilà que j’exorcise cette douleur et de quelle manière ! D’entrée de jeu, sur la page d’accueil, on est comme happé par la bande son totalement retravaillée par son compositeur originel, Kow Otani. Pourtant, celle-ci se veut discrète comme dans la précédente production de la Team ICO et ne survient que lors des moments-clés du jeu, comme pour marquer encore plus fortement les esprits. Le joueur prend ici les traits de Wander, un jeune homme venu de nulle part, qui dépose une frêle jeune femme vêtue de blanc et inerte sur un autel. Une voix obscure du nom de Dormin l’interroge alors sur la raison de leur présence et leurs intentions. On comprend que Wander n’a pour autre objectif que celui de sortir la jeune fille de son profond sommeil. L’étrange Dormin lui propose un marché: vaincre les seize colosses qui peuplent ses terres en échange de la vie de la jeune femme, Mono. Sans crier gare, Wander accepte et se lance à la chasse aux colosses, armé d’une épée magique, d’un arc et  accompagné par son fidèle destrier noir, Agro.

Shadow of the Colossus

Bien qu’assez épuré dans son interface de jeu et de commandes, on saisit assez rapidement le système de jeu découpé en deux parties distincs: une phase d’exploration et une phase de combat. Durant l’exploration, Wander pourra s’aider de son épée magique pour l’orienter dans la direction où se cache votre colosse. Les endroits sont par moment assez reculés et progressivement difficile à trouver, obligeant même à faire des détours pour atteindre le lieu souhaité. L’occasion d’admirer les contrées magnifiques ainsi que les longues foulées d’Agro, la caméra n’hésitant pas à offrir de belles vues panoramiques que n’hésiter pas à reprendre des titres comme le dernier The Legend of Zelda : Breath to the wild. Blue Point Games a fait un travail remarquable en faisant ressortir avec un niveau de détails incroyables et des graphismes photo-réalistes qui montrent toute leur générosité sur un écran 4K avec mode HDR. La maniabilité d’Agro est d’ailleurs semi-assisté: il suffit de le lancer dans une direction pour qu’il se dirige pratiquement tout seul, laissant le joueur profiter en toute tranquillité du paysage.

Shadow of the Colossus

Titans Hunter

Après avoir déniché le colosse, place au mode combat ! Tout le principe de Shadow of the Colossus repose sur l’analyse du comportement de son adversaire géant, de par ses mouvements, sa constitution et ses points faibles localisables en brandissant votre épée magique. Mais attention, ces colosses sont les maîtres des lieux et le font savoir auprès de ceux qui les importunent, en vous chargeant directement au premier croisement de regard. Piétinement, coup de massue, charge brutale: Wander en voit de toutes les couleurs. Bien que d’une constitution assez solide, sa barre de vie est assez ridicule au départ et il n’est pas rare qu’on succombe d’un simple balayage de queue par inadvertance. Heureusement pour vous, il suffit de se mettre à l’abri pour retrouver progressivement sa jauge de vie entièrement.  L’arc vous servira à attirer l’attention de vos adversaires ou à les titiller sur leurs points faibles. Votre cheval Agro ne sera pas en reste et se montrera même indispensable contre certains colosses qui vous demanderont d’être aussi rapide que vigilant. L’objectif est d’ailleurs toujours le même: trouver un moyen d’affaiblir votre adversaire pour être en mesure de monter sur lui et d’atteindre les points faibles mis en surbrillance grâce à votre épée, dans lequel vous plongerez votre lame à répétition jusqu’à la mise à mort du colosse. Mais avant d’y parvenir, c’est à de véritables labyrinthes ambulants que devra parcourir le jeune Wander, tout en s’agrippant aux poils, aux plumes et écailles de votre proie.

Shadow of the Colossus

Géants verts

C’est dans ces phases que les nerfs des joueurs sont mis à rude épreuve. Il est courant en effet de lâcher prise ou que l’on glisse malencontreusement ou même que l’on rate un saut pour s’écraser lamentablement à terre… et devoir tout reprendre à zéro ! La persévérance et la patience sont de rigueures ici mais se révèlent surmontables, d’autant que le schéma tactique se répète une fois la première moitié du jeu passée. Ceci fait que le jeu peut se boucler au bout de 7-8 heures environ, ce qui est tout à fait convenable, d’autant que la fin mythique amène son lot d’interrogations. On reste subjugué tout le long par la beauté du chara-design des colosses, si vivants dans leurs mouvements et leurs apparences qu’on les croirait réels, avec cette touche d’osmose avec la nature que l’on retrouve dans les longs métrages du célèbre réalisateur japonais Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, le Château dans le Ciel). Ceux qui voudraient prolonger le plaisir pourront aussi tenter de révéler les nombreux secrets conservés dans ce remake comme une épée cachée, augmenter sa barre de vie en mangeant des fruits ou même tenter le mode Difficile avec des colosses plus robustes et disposant de plus de points vitaux sur leurs corps. A noter enfin que le studio s’est autorisé à rajouter un mode Photo pour prendre vos plus beaux clichés de vos escapades équestres ou immortaliser vos affrontements titanesques.

VERDICT
9/10

JEU - Shadow of the Colossus PS4

Magnifique. Sublime. Grandissime. Indispensable. Les superlatifs manquent pour décrire Shadow of the Colossus qui a plus que jamais mérité son statut de meilleur remake à ce jour. On ne peut qu’être admiratif par le travail « colossal » abattu par Blue Point Games pour retranscrire à sa juste valeur toute l’atmosphère qui se dégageait du titre d’origine. S’il peut être controversé d’avoir conservé la jouabilité atypique du jeu (fallait-il l’améliorer au risque de trop grandement facilité le jeu et d’alterner son charme originel), c’est un véritable copier-coller de l’essence du titre auquel on a droit, tout en profitant de la puissance machine de la PS4. On aurait tort de s’en priver!

On adore…

  • Un remake HD qui vaut son pesant d’or
  • L’atmosphère unique du jeu
  • La bande son réorchestrée de façon magistrale
  • Les colosses plus vrais que nature
  • Les chevauchées dans les plaines: grisantes !
  • Agro, le meilleur ami de l’homme

On déteste…

  • Le schéma des combats se répète une fois les dix premiers colosses passés
  • Une jouabilité par moment crispante par ses approximations en comparaison avec les standards actuels
  • Les mouvements de caméra parfois dans les choux
  • La carte pas très lisible
  • Pas de modes de jeux inédits ou bonus indéits (making-of, commentaires des concepteurs…)

Test réalisé à partir d’une version physique

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