CRITIQUE CINE – Somewhere

Il ne se passe pas un jour sans que les paparazzis se fassent l’écho des frasques des stars du showbiz. Ces derniers auront beau critiquer, fuir ou s’offusquer de ce harcèlement permanent, étaler leur vie en public fait partie de leur quotidien. En voulant dénoncer ce monde de strass et de paillettes, la réalisatrice et scénariste Sofia Coppola signe avec Somewhere une satire autobiographique.

Johnny Marco est un acteur au sommet de la gloire. Toutes les portes s’ouvrent à lui rien qu’au son de son nom. Les femmes lui tombent dans les bras d’un simple claquement de doigt, s’effeuillent devant lui à chacune de ses respirations, pour finir dans son lit avant même qu’il n’ait le temps de dire ouf. Ferrari 355, palaces prestigieux : le statut de superstar vous offre tout ce dont chacun pourrait rêver. Tout sauf l’amour d’une femme qui n’en peut plus de cette vie de bohème, sans intimité et totalement artificielle. Alors, Johnny se retrouve sans repère, totalement paumé. Quel sens peut-il donner à sa vie lorsqu’elle est dictée par les gens peuplant la jet-set ? Ce sens, il le trouvera dans sa fille, Cléo. Jeune adolescente de onze ans, elle est aux yeux de la star sa bouffée d’oxygène, son petit ange immaculé dans l’enfer du showbiz.

Somewhere nous fait vivre le quotidien d’une superstar sous un angle peu commun. On suit l’acteur Stephen Dorff dans ses fantasmes et ses dérapages. Entre tournées promotionnelles autour de la planète et soirées beuveries, le spleen s’installe. Le spectateur est même plongé durant de longues minutes interminables sur des plans quasi fixes : à l’étonnement, succèdent l’agacement puis la lassitude jusqu’à la détresse. Une envie de dire STOP à tout ça… sans y parvenir. Un sentiment équivoque à cet acteur que nous observons. L’arrivée de la jeune et frêle Elle Fanning vient remettre de l’ordre dans ce chaos. Lorsque Johnny consacre son temps à sa fille Cléo, il se sent doucement tiré de son monde de spectacle pour celui bien réel qu’il semble avoir oublié, celui où il est un père. La réalisatrice va jusqu’à brouiller les pistes, donnant par moment l’impression que les rôles sont inversés lorsque Cléo prépare le déjeuner à son père.

Dans Lost in Translation, Bill Murray se retrouvait perdu au cœur de Tokyo, un monde totalement inconnu dont il ne connaît pas même la langue. Son salut viendra de sa rencontre improbable avec la jeune Scarlett Johansson donnant lieu à une très belle histoire. Avec Somewhere, Sofia Coppola tente de réitérer le même schéma du type perdu et qui retrouve ses esprits avec l’arrivée de sa fille. Seulement, après avoir vu se succéder les différentes conquêtes de notre vedette, l’avoir vu réaliser ses interviews, conduire sa belle Ferrari, le spectateur se demande où veut en venir la réalisatrice. On reconnaît une sorte d’autobiographie dans ce film, Sofia étant la fille du célèbre Francis Ford Coppola. Mais on aurait voulu que la réalisatrice aille plus loin dans sa revendication et ne nous mette pas seulement dans le rôle de l’observateur.

Somewhere est un beau film, contemplatif et dans la lignée de Lost in Translation. Mais à la fraîcheur de la seconde réalisation de Sofia Coppola, Somewhere semble être une œuvre davantage personnelle  et qui ne plaira pas forcément à tout le monde. A découvrir si vous êtes un fan inconditionnel des précédents films de la réalisatrice ou en qualité de spectateur averti. Quant aux fans d’action, passez votre chemin !

« Somewhere » est actuellement dans toutes les salles.

Note :

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