CRITIQUE CINE Benda Bilili !

Des rues dévastées de Kinshasa en Afrique jusqu’à la scène des plus grands festivals de musique d’Europe, c’est toute l’histoire de ce film ayant pour protagoniste ce groupe de musique congolais surnommé le Staff Benda Bilili. Un parcours miraculeux vécus par des virtuoses miraculés. Histoire.

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bb01.jpgLorsqu’en 2004, Coco Yakala, 50 ans, et Ricky, 55 ans, annonce que leur groupe de musique composés essentiellement de personnes handicapées deviendrait le plus célèbre d’Afrique, personne ne les prit au sérieux. Les propres membres de ce groupe (Junana, Thé et les deux petits Roger et Randi) n’étaient pas sûr non plus de faire carrière dans ce qui restait pour certains qu’un simple passe – temps. Difficile en effet de concilier leur passion de la musique quand il faut être capable de subvenir aux besoins quotidiens de sa famille. Alors quand un incendie survient soudainement, c’est la catastrophe. Ricky, celui que l’on surnomme « Le Président » et leader du groupe, alors qu’il trimmait déjà pour faire vivre sa famille de petits boulots en petits boulots, perd espoir. Sans leader, le groupe se disperse alors. Il faudra alors attendre plus de deux ans pour remettre la machine en route et rassembler de nouveau tout le staff Benda Bilili. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils pourront enfin réaliser leur rêve : celui de sortir leur premier album « Très très fort ». Un parcours extraordinaire de combattants motivés par l’énergie de se sortir de conditions misérables, où l’on vit sur un bout de trottoire et dormant dans des « tonkar »…

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bb02.jpgDans ce documentaire, le parcours du staff Benda Bilili est décrite à la façon d’une success story. Bien qu’ils ne soient pas des acteurs, on ne peut qu’être fasciné par le charisme que dégagent les différents « personnages » qui composent le staff. A commencer par leur leader Ricky, débordant d’énergie malgré ses deux béquilles et sa patte folle qu’il traîne : l’homme se montre déterminé d’emmener ses hommes au bout de son rêve, de LEURS rêves. Mais ce rêve, c’est aussi celui du petit génie Roger âgé de 13 ans. Un enfant non « de la rue » mais plutôt  » dans la rue » ! Fils d’une famille pauvre, il doit subvenir à leurs besoins au quotidien au détriment de son éducation scolaire. La musique est donc son seul moyen pour lui de pouvoir s’évader. Chose qu’il fait grâce à un instrument étonnant dont il est lui même le créateur : le Satongé, sorte de guitare à une corde constitué d’un arc en bois fixé… à une boîte de conserve ! Le miracle survient alors quand Roger s’empare du Satongé pour en sortir des sons sidérants dont lui seul a le secret. Roger, le seul non paraplégique du groupe, et son Satongé sont à l’image du destin du staff : des enfants miracles accrochés par leur rêve de devenir véritablement quelqu’un.

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L’autre aspect majeur de ce film est la musique tirée de leur album « Très très fort ». On vit l’histoire au rythme des percussions, voix et instruments hétéroclytes du groupe. Emplies d’énergie, les sonorités africaines y sont dominantes avec des paroles fortes, toutes inspirées du quotidien difficile de chacun des membres du groupe. Le message délivré au travers des chansons est ainsi marqué à la fois par de l’espoir, par la douleur dans les moments difficiles, les épreuves qu’ils endurent mais aussi par ses rares instants de bonheur.

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Ce miracle, on le doit également à deux français, ceux-là même à l’origine du film et des moyens engagés pour produire le disque du groupe : Renaud Barret et Florent de la Tullaye. Au travers de leurs caméras, on ressent tout le long du film toutes les difficultés qu’ils ont pour non seulement aider et motiver le staff mais également pour contenir leurs émotions face à leur détresse du quotidien conjugués par les imprévus survenant durant  la période d’enregistrement de l’album. Etre parvenu à réaliser ce film racontant l’histoire de ces hommes pour qui la musique allait faire basculer totalement leur destinée sonne pour eux comme un cri de victoire. J’ai pour ma part apprécié que le film sorte des clichés habituels que nous ressassent les médias d’un pays en proie aux querelles locales incessantes et à la misère totale : ces musiciens n’étaient pas là pour montrer de la pitié face à leurs effroyables conditions de vie et d’existence mais pour nous donner une leçon d’humilité et de fierté à nous autres occidentaux qui passons souvent à côté de choses insignifiantes qui font pourtant notre confort.

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Très très fort : Benda Bilili !  l’est car c’est un film d’une rare intensité qui vous fera rire, vibrer et pleurer. Plus qu’une leçon de courage, c’est un conte racontant le parcours de ce groupe de congolais pour qui la nature a été injuste et qui vont malgré cela tout faire pour s’en sortir par leurs propres moyens. A la sortie du film, vous n’aurez envie que d’une chose : allez vous procurer l’album « Très très fort ».

Note :

Benda Bilili ! sort sur les écrans français ce mercredi 8 septembre 2010.

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